Comprendre

Les types de procédures : ouvert, restreint, cotation, gré à gré, AMI

Ce que chaque procédure veut dire, qui peut y répondre, ce qu'elle demande, et les seuils qui la déclenchent dans votre pays.

8 min de lectureMis à jour le 2 novembre 2026
Édition Guinée : les règles affichées sont celles de ce pays.Changer de pays

La procédure est la façon dont l'acheteur met les entreprises en concurrence. Elle dit si vous pouvez répondre, ce que vous remettez et le temps dont vous disposez. Le nom exact change d'un pays et d'un bailleur à l'autre, mais les mécanismes sont les mêmes. L'avis ou le dossier d'appel d'offres indique toujours laquelle s'applique.

Appel d'offres ouvert

Ce que c'est. L'acheteur publie un avis, et toute entreprise qui remplit les conditions peut répondre. C'est la règle pour les marchés d'un certain montant et le cas que décrit l'essentiel de ce guide.

National ou international. Un appel d'offres national vise surtout les entreprises du pays et se publie dans le pays. Un appel d'offres international se publie plus largement et suppose une concurrence étrangère. Cela ne vous en exclut pas : une entreprise locale peut y répondre si elle remplit les critères, mais ils sont souvent plus élevés et le dossier peut être en anglais. À l'inverse, un avis national peut rester ouvert aux étrangers, surtout quand un bailleur le finance.

Ce que vous remettez. Les pièces administratives, l'offre technique, l'offre financière et la caution de soumission si elle est demandée.

Le piège. Croire qu'« ouvert » veut dire « accessible à tous ». Le dossier peut exiger un chiffre d'affaires, des références ou du matériel hors de votre portée. Lisez les critères avant de commencer.

Pour une petite entreprise. Regardez d'abord les lots, c'est-à-dire les parties du marché que l'acheteur met en concurrence séparément. Chaque lot s'évalue à part, et vous pouvez souvent répondre à un seul, aux exigences plus modestes. Si vous répondez à plusieurs, le dossier peut exiger que votre capacité couvre leur somme. Sinon, voyez Groupement et sous-traitance.

Appel d'offres restreint et présélection

Ce que c'est. Seules les entreprises invitées par l'acheteur peuvent remettre une offre. Le mot « restreint » recouvre deux situations : soit l'acheteur a d'abord publié un avis de présélection et retenu les candidats qualifiés, soit il invite directement des entreprises qu'il connaît, là où la règle le permet.

Qui peut répondre. À la présélection, toute entreprise intéressée. Ensuite, seulement celles qui ont été retenues.

Ce que vous remettez. D'abord un dossier de qualification, sans prix : situation juridique, chiffres d'affaires, marchés similaires, moyens. Ensuite, si vous êtes retenu, une offre complète.

Le piège. Prendre la présélection à la légère. Si vous n'y êtes pas, vous ne verrez pas passer la suite. Autre piège : la situation déclarée à la présélection doit rester vraie au moment de l'offre, et le dossier peut demander de le confirmer.

Pour une petite entreprise. Répondez aux avis de présélection de votre secteur, même si le marché paraît loin : c'est une façon d'être connu. Si la procédure se fait sans avis public, seule votre réputation auprès de l'acheteur peut vous faire inviter.

Cotation et demande de prix

Ce que c'est. Pour les petits montants, l'acheteur demande des prix à quelques fournisseurs et choisit, le plus souvent, le moins cher qui soit conforme. On parle selon les pays de cotation, de demande de cotation, de demande de prix ou de demande de renseignements et de prix.

Qui peut répondre. Les entreprises consultées et, quand un avis est publié, toutes celles qui remplissent les conditions.

Ce que vous remettez. Un dossier léger : un devis signé, la fiche technique du produit ou de la prestation et quelques pièces administratives. Les conditions de livraison comptent autant que le prix.

Le piège. Les délais sont courts, parfois quelques jours. Sans attestations à jour, vous êtes éliminé avant même de chiffrer. Un devis oublié dans une boîte de réception vaut un refus.

Pour une petite entreprise. C'est souvent la meilleure porte d'entrée : petits montants, peu de formalités et des premières références. Mais on ne reçoit une demande que si l'acheteur vous connaît. Inscrivez-vous sur les listes de fournisseurs quand il y en a, présentez votre activité aux services des achats des acheteurs de votre région, et gardez une offre type avec vos prix à jour pour répondre vite. Chez les agences internationales, l'équivalent est le RFQ : voyez la page Nations Unies.

Gré à gré

Ce que c'est. L'acheteur traite directement avec une entreprise, sans concurrence ou presque. On l'appelle aussi entente directe ou marché négocié selon les pays. C'est l'exception, réservée à des cas définis : urgence réelle, droit exclusif, prestation qu'un seul fournisseur peut assurer. Elle demande le plus souvent une autorisation.

Qui peut répondre. Personne : il n'y a rien à quoi répondre. Vous ne pouvez pas présenter de candidature à un gré à gré.

Ce que vous remettez. Si l'acheteur vous sollicite, une offre et des justificatifs, puis une négociation.

Le piège. L'intermédiaire qui vous propose d'« arranger » un gré à gré contre une commission. C'est de la corruption : vous risquez l'exclusion des marchés publics et des poursuites, et vous n'avez aucune garantie de résultat.

Pour une petite entreprise. Il y a des façons honnêtes d'être pris en considération. Faites connaître vos capacités rares, comme une représentation exclusive, un agrément ou une présence dans une région difficile. Tenez à jour une page d'entreprise claire. Répondez bien aux petites consultations, car un acheteur rappelle les fournisseurs qui ont bien livré. Et un gré à gré attribué à une autre entreprise peut vous ouvrir de la sous-traitance.

Avis à manifestation d'intérêt (AMI)

Ce que c'est. L'acheteur publie un AMI pour repérer des candidats avant de lancer sa consultation. Vous ne soumissionnez pas encore : vous montrez vos références pour être retenu sur une liste. C'est la voie normale pour les consultants, mais il arrive qu'un acheteur l'utilise aussi pour les travaux ou les fournitures.

Qui peut répondre. Tout cabinet, bureau d'études ou consultant qui entre dans le champ de l'avis, seul ou associé si l'avis l'autorise.

Ce que vous remettez. Une lettre, une présentation de l'entreprise et surtout des missions similaires décrites et prouvées : client, objet, période, montant, votre rôle. Pas de prix, et en général pas encore de méthodologie. L'avis dit si des CV sont demandés.

Comment fonctionne la liste restreinte. L'acheteur note les expériences à partir des critères de l'avis et retient les mieux placés, en nombre limité. Eux seuls reçoivent la demande de propositions, où viennent la méthodologie, les experts et le prix. C'est décrit dans Travaux, fournitures, services, prestations intellectuelles.

Le piège. Envoyer une brochure générale. Le lecteur cherche des missions qui ressemblent à celle de l'avis. Présentez d'abord les plus proches, et utilisez les mots de l'avis. Ne joignez pas de prix.

Pour une petite entreprise. Si vos références sont insuffisantes, associez-vous à un cabinet qui a celles qui manquent. Faites-le dès la manifestation d'intérêt, car changer ensuite la composition de l'équipe est souvent encadré.

Appel d'offres en deux étapes

Ce que c'est. Pour un achat complexe, dont l'acheteur ne peut pas encore tout spécifier, il demande d'abord des propositions techniques sans prix, en discute avec les candidats et précise son besoin. Il demande ensuite des offres finales avec prix.

Qui peut répondre. Les entreprises admises à la première étape, à laquelle l'avis invite en général.

Ce que vous remettez. Une proposition technique sans prix, puis une offre technique révisée et une offre financière.

Le piège. Confondre avec les deux enveloppes. Deux enveloppes, c'est une offre technique et une offre financière remises le même jour et ouvertes séparément. Ici, ce sont deux remises à des moments différents. Autre piège : indiquer un prix à la première étape.

Pour une petite entreprise. La procédure est longue et coûteuse, et rarement à votre portée seul. L'accès passe plutôt par un partenariat avec un grand candidat, comme spécialiste ou sous-traitant.

Accord-cadre et marché à commandes

Ce que c'est. L'acheteur choisit un ou plusieurs fournisseurs pour une période donnée, avec des prix ou des conditions fixés d'avance, puis passe commande selon ses besoins. Les noms varient : accord-cadre, marché à commandes, marché de clientèle, ou contrat à long terme chez les organismes internationaux.

Qui peut répondre. Selon la procédure de départ, le plus souvent un appel d'offres. S'il y a plusieurs titulaires, ils sont parfois remis en concurrence à chaque commande.

Ce que vous remettez. Une offre classique, avec des prix unitaires qui vous engagent pendant toute la durée.

Le piège. Lire le montant maximum comme un chiffre d'affaires garanti. L'acheteur peut commander bien moins, et le dossier fixe parfois un minimum, parfois rien. Vérifiez aussi si vos prix peuvent être révisés : un prix bloqué et un coût qui monte, cela se paie sur toute la période.

Pour une petite entreprise. Les commandes régulières sont précieuses, mais elles demandent du stock, une trésorerie et la capacité de livrer vite à chaque commande. Calculez ce que vous pouvez tenir au volume le plus élevé.

Dans votre pays

Voici les procédures de votre pays, sous leurs noms locaux, avec les cas où chacune s'utilise.

Appel d'offres ouvert (national ou international), avec ou sans préqualification

C'est la règle : toute entreprise non exclue peut soumissionner (art. 21 et 23). Au-dessus des seuils de passation, le marché est obligatoirement passé selon le Code. Pour des travaux ou équipements importants, complexes ou techniques, une préqualification peut précéder l'appel d'offres (art. 24). L'appel d'offres n'est valable que si l'acheteur reçoit au moins 3 plis dont 2 recevables (art. 22).[2][1]

Délai minimum : Au moins 30 jours calendaires à compter de la publication de l'avis pour un appel d'offres national, 45 jours pour un appel d'offres international (art. 55). En urgence simple, autorisée d'avance par le ministre des Finances, la publicité peut être réduite de 7 jours ouvrables (art. 21). S'il y a moins de 3 plis, l'acheteur ouvre un nouveau délai d'au moins 15 jours calendaires et peut alors ouvrir même un seul pli (art. 22 et 74).[2]

Pour vous : Depuis mai 2026, beaucoup de marchés qui auraient fait l'objet d'un appel d'offres passent désormais par une demande de cotation. L'appel d'offres ouvert concerne les gros marchés : si vous visez des contrats de l'État de plusieurs centaines de millions de GNF, regardez aussi les cotations.

Appel d'offres restreint

Seuls les candidats consultés par l'acheteur remettent une offre. Il faut que les biens, travaux ou services, de par leur nature spécialisée, ne soient disponibles qu'auprès d'un nombre limité de prestataires, ou, pour certains biens, qu'ils soient de production locale ou artisanale. L'acheteur doit demander l'autorisation du ministre des Finances après avis de la structure de contrôle. La liste compte au moins 5 candidats (3 au minimum avec dérogation), et la décision est publiée. Sans autorisation, l'appel d'offres restreint est nul (art. 28).[2]

Délai minimum : Même délai que l'appel d'offres ouvert (art. 28 renvoyant à l'art. 55), à compter de l'envoi de la lettre d'invitation ou de la date limite de retrait du dossier.[2]

Pour vous : Le Code laisse un candidat non invité manifester son intérêt, à partir de l'avis publié en début d'année sur les appels d'offres restreints prévus. Lisez cet avis annuel et écrivez à l'acheteur.

Demande de cotation

Sous les seuils de passation, l'acheteur peut recourir à des demandes de cotation formelles adressées par la PRMP à au moins 3 prestataires qualifiés, avec les spécifications et les modalités d'exécution (Code, art. 21). L'arrêté de 2026 la rend obligatoire pour toute dépense de 50 millions de GNF ou plus. Sous 50 millions, les achats se font sur factures comparatives.[2][1]

Pour vous : C'est la porte d'entrée des petites entreprises. Les prestataires sont choisis par l'acheteur : tenez un dossier à jour (registre du commerce, quitus fiscal, références) et signalez-vous aux responsables des achats des autorités que vous visez. Les avis généraux de passation, qui incluent les demandes de cotation (art. 20), donnent le calendrier.

Entente directe (gré à gré)

Cas prévus par la loi de 2012 : droit exclusif ou brevet d'un seul prestataire ; secret de défense et de sécurité ; extrême urgence pour remplacer un défaillant ; urgence impérieuse due à des circonstances imprévisibles ou à la force majeure. Autorisation préalable du ministre des Finances après avis de la structure de contrôle, sinon le marché est nul. La mise en concurrence d'au moins 3 candidats reste en principe obligatoire. Le total annuel des marchés de gré à gré de chaque autorité ne doit pas dépasser 10 % de ses marchés (Code, art. 38 et 39).[3][2]

Pour vous : Une entente directe sans autorisation est nulle : avant de signer, demandez la référence de l'autorisation du ministre des Finances. Le titulaire accepte un contrôle de ses prix pendant l'exécution (art. 41).

Avis à manifestation d'intérêt et liste restreinte (prestations intellectuelles)

Pour les études, la maîtrise d'œuvre et l'assistance : l'acheteur publie un avis à manifestation d'intérêt, établit une liste restreinte de 6 à 8 candidats présélectionnés (au moins deux consultants nationaux s'ils répondent aux critères), puis envoie une demande de propositions. La proposition tient dans une enveloppe unique contenant l'offre technique et l'offre financière, chacune sous pli cacheté (art. 33).[2]

Délai minimum : 15 jours à compter de la publication de l'avis pour les manifestations d'intérêt ; les propositions suivent les délais de l'article 55 (art. 33.2).[2]

Pour vous : Avec une liste restreinte de 6 à 8 noms, le dossier de manifestation d'intérêt est la vraie sélection. Un cabinet guinéen a de bonnes chances d'y entrer, car le Code impose au moins deux consultants nationaux qualifiés.

Appel d'offres en deux étapes

Pour les marchés très complexes ou attribués sur des critères de performance. Les candidats remettent d'abord des propositions techniques sans prix, puis des offres finales avec prix sur un dossier révisé. Motivation, autorisation du ministre des Finances et avis de la structure de contrôle exigés (art. 26 et 27).[2]

Pour vous : Vous pouvez vous retirer avant l'étape finale sans perdre votre garantie d'offre (art. 27).

Accord-cadre

Pour les commandes répétées ou les achats regroupés de plusieurs autorités. Autorisation préalable de la structure de contrôle. S'il y a plusieurs titulaires, ils sont au moins trois, si le nombre d'offres le permet. L'accord s'exécute par bons de commande ou marchés subséquents (art. 47).[2]

Pour vous : Être sélectionné n'assure pas de commandes : lisez les minimums et maximums en valeur ou en quantité.

Le choix de la procédure dépend souvent du montant estimé. Les seuils ci-dessous le fixent quand le code national s'applique. Un bailleur ou un organisme international a les siens.

AcheteurMarchéMontantEffet
ÉtatTravaux2 000 000 000 GNF (seuil unique, toutes taxes comprises)À partir de ce montant, la dépense doit être passée selon le Code (appel d'offres).[1]
Services déconcentrés (régions, préfectures) et communesTravaux1 500 000 000 GNFSeuil d'appel d'offres pour les travaux de ces acheteurs.[1]
ÉtatFournitures1 500 000 000 GNFSeuil d'appel d'offres pour les fournitures.[1]
ÉtatServices1 500 000 000 GNF (services courants)Les services courants suivent le seuil des fournitures.[1]
Services déconcentrés (régions, préfectures) et communesFournitures1 000 000 000 GNFSeuil d'appel d'offres pour les fournitures.[1]
Services déconcentrés (régions, préfectures) et communesServices1 000 000 000 GNF (services courants)Les services courants suivent le seuil des fournitures.[1]
État, services déconcentrés et communesPrestations intellectuelles1 000 000 000 GNF (prestations intellectuelles)Seuil unique pour les trois niveaux. En dessous, une demande de cotation est possible.[1]
Sociétés publiques et établissements publics administratifsTousMontant non repris dans l'arrêté de 2026 : renvoi aux articles 18 et 28 de la loi L/2017/056/ANLe seuil applicable est celui de la loi sur la gouvernance financière des sociétés et établissements publics.[1]
Tous les acheteurs, sous les seuils ci-dessusTous50 000 000 GNF ou plusDemande de cotation obligatoire, adressée à au moins 3 prestataires qualifiés. Sous 50 millions : factures comparatives.[1][2]
Appels d'offres : publicité nationale (journaux d'annonces légales)TousJusqu'à 20 milliards GNF (travaux) et 15 milliards GNF (fournitures, services courants, prestations intellectuelles)Les avis de ces marchés sont publiés au niveau national. Une publicité limitée à la région suffit jusqu'à 2 milliards GNF (travaux) et 1,5 milliard GNF (autres). Elle ne doit pas écarter les entreprises étrangères.[1]
Approbation : ministres sectorielsTousJusqu'à 2 milliards GNF (travaux) ; 1,5 milliard GNF (fournitures, services courants, prestations intellectuelles)Au-delà, le ministre des Finances approuve. Gouverneurs et préfets : jusqu'à 1,5 milliard (travaux) et 1 milliard (autres). Maires : tous les marchés sur fonds propres de leur circonscription.[1]
Approbation, financements extérieursTous1 000 000 USD (ministres sectoriels) ; 500 000 USD (coordonnateurs de projets et programmes)Plafonds d'approbation pour les marchés financés par des bailleurs.[1]

Un acheteur n'a pas le droit de découper un besoin en petits achats pour rester sous un seuil et éviter une procédure plus exigeante : c'est le fractionnement. Il ne faut pas le confondre avec les lots, qui sont légitimes et publiés dans un même avis. Si la règle de fractionnement vous semble contournée sur un marché, voyez Contester une décision.

Et ensuite

La procédure dit comment l'acheteur met en concurrence, et le type de marché dit ce que vous devez prouver : voir Travaux, fournitures, services, prestations intellectuelles.

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